Pendant des décennies, la Jaguar XK120 a incarné l’élégance britannique et la sportivité d’après-guerre. Ligne fluide, allure de félin prêt à bondir, performances révolutionnaires pour l’époque… tout y était.
Mais depuis quelque temps, la belle des fifties traverse une zone de turbulences : ses prix fléchissent, et son public change.
Un marché des classiques en plein réalignement
Le marché mondial des voitures de collection connaît depuis 2023 un retour à la raison. Les cotes Hagerty et Bonhams montrent une correction moyenne de 10 à 15 % sur les modèles d’après-guerre. L’engouement post-Covid s’est calmé, et l’argent “passion” se fait plus sélectif.
La Jaguar XK120, symbole d’un âge d’or, n’y échappe pas. Là où une restauration irréprochable se négociait 180 000 à 200 000 € il y a cinq ans, certains exemplaires “très bons mais pas parfaits” peinent aujourd’hui à dépasser les 140 000 €.
Deux exemples révélateurs
La vente de Monaco
Chez Bonhams Monaco, une superbe Jaguar XK120 SE Roadster 1953 (blanche, intérieur rouge, matching numbers et restaurée) issue du musée du Prince de Monaco a récemment changé de mains à un prix en deçà des attentes des experts : un peu plus de 86.000 euros pour une voiture magnifique, accompagnée de 100.000 euros de factures de restauration. Il y a 10 ans, ce type de configuration faisait s’envoler les enchères. Aujourd’hui, elle s’est adjugée dans la moyenne basse de son estimation — un signal que même les plus belles doivent désormais convaincre.
La vente Collecting Cars de juin 2025
Quentin Willson, chroniqueur britannique bien connu, cite dans Classic Cars Magazine un coupé XK120 de 1953, vendu sur Collecting Cars en juin. Dans sa teinte d’usine, cette XK120 Pastel Blue, non restaurée, entièrement d’origine, jamais démontée et présentée dans la catégorie des préservations d’après-guerre de Pebble Beach en 2018, était largement reconnue comme étant l’un des 120 exemplaires les mieux conservés au monde.
Numéros concordants, jantes en acier avec garde-boue, autoradio à tubes Ekco CR152, historique complet du premier jour avec de vieilles photos en compétition et figurant dans le livre de Philip Porter, « Original Jaguar XK » , ainsi que plusieurs articles de magazines : cette XK120 était une merveille à couper le souffle et un véhicule extrêmement désirable.
Elle est si désirable qu’en 2017, elle est vendue par Bonhams à Goodwood pour 102.300 £, ce qui, à l’époque, semblait une somme raisonnable pour une pièce aussi prestigieuse. Huit ans plus tard, cette valeur théorique a été divisée par deux : après 49 enchères sur Collecting Cars, ce superbe coupé a changé de mains pour … seulement 50.000 £ (approx. 57.000 €).
Symbole frappant d’un marché qui change : les icônes d’hier ne trouvent plus preneur au prix fort, même lorsqu’elles sont sublimes.
Le poids des générations
La mécanique du marché s’explique en partie par la démographie.
Les baby-boomers, longtemps piliers du monde de la collection, commencent à se désengager. Ces passionnés — souvent ceux qui rêvaient adolescent devant les XK, Austin-Healey ou MG — vendent plus qu’ils n’achètent.
En parallèle, la relève (Génération X, Millennials, voire Gen Z) se tourne vers d’autres mythes : BMW M3 E30, Porsche 964, GTI diverses, Honda NSX ou Subaru Impreza. Des voitures plus proches de leur imaginaire, plus faciles à conduire, et moins intimidantes que les sportives à volant fin et freins tambour.
Résultat : l’offre en Jaguar XK120 s’accroît alors que la demande se tasse. Et dans un marché désormais rationnel, le charme ne suffit plus.
Tout n’est pas perdu pour autant
Mais la Jaguar XK120 garde ce que les modernes n’auront jamais : une aura intemporelle.
C’est la première Jaguar de l’ère moderne, la voiture qui fit entrer la marque dans la légende du Mans et des beaux quartiers. Son six-cylindres XK de 3,4 litres reste un monument, et sa silhouette, une œuvre d’art roulante.
Les exemplaires dotés d’une provenance claire, d’une restauration documentée, ou d’une histoire singulière (premier propriétaire connu, course d’époque, couleur rare) conserveront toujours une valeur plancher solide.
Mais le segment “correct sans être exceptionnel” risque, lui, de subir une érosion de 15 à 25 % dans les deux ans, à mesure que l’équilibre générationnel s’accentuera.
Conseils pour les propriétaires de Jaguar XK120
- Soignez la traçabilité : carnet, factures, historique, photos — c’est votre bouclier de valeur.
- Préservez l’authenticité : les “resto-mods” séduisent peu sur ce modèle.
- Restaurez intelligemment : privilégiez la cohérence historique à la brillance superficielle.
- Pensez au plaisir de conduite : une XK120 qu’on peut démarrer et rouler garde mieux sa cote qu’une pièce de musée figée.
- Anticipez la vente : mieux vaut céder avant la prochaine vague de liquidations boomer, qui pourrait saturer le marché.
Conclusion : l’âge d’or se transforme
La Jaguar XK120 ne s’effondre pas. Elle se replace. Elle quitte le podium des spéculations pour retrouver celui des émotions vraies : le plaisir de conduite, la beauté pure, la mémoire d’une époque où les 160 km/h relevaient de la magie.
Pour les passionnés éclairés, c’est peut-être le moment idéal pour oser acheter.
Comme le suggère Quentin Willson dans Classic Cars Magazine, “les vrais connaisseurs se montrent courageux quand les autres doutent”. Et dans le monde des classiques, le courage a souvent très bon goût.





vous avez raison la generation qui nous suit est plus intéressée par des plus moderne comme la type E ,personnellement j’ai une 120 OTS de 1950 qui m’a donné beaucoup de plaisir mais maintenant à 82 ans je n’en profite plus autant
Cette véritable icône, révolution du monde automobile de son temps, restera à jamais la traduction d’un regard d’exception.
Sa valeur, même altérée au sens strictement pécuniere, continuera longtemps d’en depasser le seul prix.
Le phenomene sz prix à la baisse n’est pas reservé aux voitures de luxe. Il est de meme pour des voitures » economiques » de pré-guerre 39/45. Les Autin 7 et Morris Minor (1929-1934 ) & Morris 8 et 10 (1934-1940 ) qui etaient vendues entre £ 8000 & £12000 il y encore 5 ans sont aujourd’hui facilement trouvable à la moitié de ces prix. Les jeunes générations préfèrent vrombissements et vitesse sur des 4 voies au lieu de plaisir des yeux et l’appreciation du paysage en roulant à moins de 70km/hr à la campagne