Depuis longtemps, je voulais vous présenter l’autre Karmann Ghia. Pas la Type 14. La Karmann Ghia type 34. Plus grande, plus belle, plus spacieuse, plus rapide et bien plus rare. C’est la Volkswagen qui roule à part, le coupé que personne ne reconnaît mais que tout le monde admire en secret. Oubliez la Karmann Ghia type 14 toute en rondeur qui a eu 20 ans de carrière et que l’on qualifiait de « voiture de garçon coiffeur ».
Avec la 34, pas de stickers “flower power” ou « peace and love » : la Type 34, c’est costard italien sur cœur allemand. Et une gueule. Une vraie.
Pas faite pour draguer. Mais elle intrigue…
Une Volkswagen née en 1961 que même les puristes connaissent mal. Basse, râblée, le pare-chocs tranchant comme un humour de berlinois, la Type 34 en impose sans élever la voix. Son 4 cylindres à plat ne te cloue pas au siège, mais l’allure, ah… l’allure !
Les curieux qui viennent glisser l’œil sous le capot n’en reviennent pas : “C’est vraiment une Volkswagen ?”
C’est fin 1958 que Nordhoff, le tout puissant patron de Volkswagen, donne le feu vert pour finaliser un projet conçu sur la nouvelle plate-forme Type 3.
A cette époque, ce n’est plus Mario Boano qui est patron du Design chez Ghia mais Sergio Sartorelli.
Et ça se voit. Fini les courbes et les rondeurs de la type 14. Une face avant à 4 phares, des nervures qui simulent des sourcils froncés et un surnom sans équivoque : Razor Edge Ghia. La Ghia « lame de rasoir ».
Pour l’arrière, Ghia ne s’est pas foulé et ils ont pompé la ligne sur celle de la Chevrolet Corvair. Mais l’ensemble est harmonieux.
Une mécanique évoluée
Exit le 1200 de 34cv de la Coccinelle et de la type 14. La mécanique Flat 4 aircooled passe à 1500cc, troque son carbu central pour un de chaque coté et perd son pied de dynamo pour devenir compacte au point d’offrir un second coffre à l’arrière, au dessus de la mécanique.
Coté perfs, la mécanique VW revendique désormais 54 cv. Soit 20 de plus que la Coccinelle. La vitesse maxi passe de 125 à 150 km/h. On ne joue plus dans la même catégorie.
Le vrai plaisir de la rareté
Moins de 43.000 exemplaires de Karmann Ghia type 34 sur la planète : c’est autrement plus “hype” qu’une Porsche 356 au rencard du dimanche. Les pièces, tu les ne trouve pas sur Amazon. Ni nulle part ailleurs pour beaucoup d’entre-elles : ça rend chaque restauration plus gratifiante… ou chaque embouteillage plus stressant, selon l’humeur.
Un cabriolet ? Il était prévu de commercialiser comme pour son aînée Type 14, le coupé et le cabriolet. Au final, seuls une quinzaine de cabriolet Type 34 seront réalisés car la décision de ne pas le produire sera prise à la dernière minute. Pourtant les brochures commerciales sont déjà imprimées !
Des problèmes de rigidité du châssis se seraient posés et leur résolution aurait entraîné un surcoût incompatible avec la cible de la voiture …

La Karmann Ghia type 34, pour qui ?
En 1962, la Type 34 était la voiture la plus chère produite par Volkswagen, valant le prix de deux Coccinelles dans de nombreux pays. Elle se destine aux CSP+ modernes : enseignants, architectes, médecins… Et elle leur en donne pour leur argent. La type 34 est spacieuse, remarquablement équipée, avec un intérieur digne de celui d’une Porsche 356.
Aujourd’hui, elle est faite pour le collectionneur qui aime qu’on lui pose la question, pas pour celui qui attend des applaudissements. Pour l’esthète qui joue la carte du décalé sans chercher le concours d’élégance. Pour toi, peut-être, si tu veux rouler “à part” sans costume à paillettes.

L’essayer, c’est continuer de rêver
La Type 34 ne fait rien comme les autres. Elle accélère certes un peu plus vite, mais ne braille pas plus fort. Mais son charme et son exclusivité te collent, doucement, comme une vieille chanson qui revient… et tu souris en douce, parce que très peu comprendront ton plaisir.
La Karmann Ghia Type 34, c’est une de ces voitures qui ne font pas de bruit, mais qui laissent une trace. Pour les discrets, les amoureux du détail, ou tout ceux qui veulent collectionner l’inattendu.



