Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, BMW est une entreprise exsangue. Privée de nombreuses usines et interdite de produire des véhicules motorisés pendant plusieurs années, la firme bavaroise peine à retrouver sa place sur le marché. Ses motos assurent une survie précaire, mais les grandes berlines d’avant-guerre sont inadaptées à l’économie d’après-conflit : trop chères, trop gourmandes. Face à un besoin croissant de mobilité simple et bon marché, BMW cherche une solution rapide et économique pour combler l’écart. Ce sera la BMW Isetta
La genèse d’une voiture pas comme les autres
En Italie, la petite firme Iso SpA de Renzo Rivolta développe en 1953 une microcar au design révolutionnaire, l’Iso Isetta. Avec sa forme ovoïde, sa porte frontale et son moteur de scooter, la voiture connaît un succès modeste mais attire l’attention de BMW, qui en rachète la licence en 1954. Les ingénieurs munichois révisent l’ensemble : le moteur d’origine est remplacé par un monocylindre 4-temps BMW de 247 cm³ issu de la moto R25/3, plus fiable et plus puissant. Des ajustements sont également apportés au châssis et à la suspension pour correspondre aux normes allemandes.
La BMW Isetta naît officiellement en 1955, devenant le premier modèle à quatre roues produit par BMW après la guerre.
Le pedigree technique original la BMW Isetta
Sous ses 2,28 mètres de long et 1,38 m de large, l’Isetta cache des choix techniques singuliers :
Moteur : monocylindre 4-temps, 247 cm³, 12 ch à 5800 tr/min
Transmission : boîte manuelle 4 vitesses + marche arrière
Roues motrices : propulsion via les deux roues arrière rapprochées (écartement <50 cm)
Vitesse maximale : environ 85 km/h
Consommation : ~3,5 L/100 km
Poids à vide : environ 350 kg
La voiture offre une expérience de conduite unique, avec un accès par la porte avant basculante (intégrant le volant) et un intérieur spartiate prévu pour deux adultes et un petit bagage.
Performances modestes mais suffisantes
L’Isetta n’est pas une voiture de sport, mais elle répond parfaitement aux besoins urbains de l’époque. Avec un rayon de braquage serré, une consommation très faible et une vitesse de croisière suffisante pour les routes secondaires, elle incarne l’utilité pratique dans un design audacieux. Sur autoroute, elle atteint ses limites, mais en ville, elle surpasse les scooters et autres microcars par sa stabilité et sa protection contre les intempéries.
Un accueil enthousiaste, mais nuancé en France
En Allemagne, la BMW Isetta rencontre rapidement un public séduit par son économie et sa modernité. En 1955, c’est la voiture la plus vendue d’Allemagne ! Près de 22 000 exemplaires sont écoulés la première année.
En France, la microcar bénéficie d’un certain intérêt, mais la concurrence est rude : Velam (licence française de l’Isetta) produit ses propres modèles à Suresnes, tandis que la Vespa 400 arrive sur le marché en 1957. Le public français est partagé entre le charme italien et le sérieux allemand, mais les chiffres restent modestes face à la montée en puissance des Renault 4CV et Citroën 2CV, déjà bien établies.
Anecdotes savoureuses autour de l’Isetta
L’Isetta a inspiré bien des sourires et des situations inattendues. En Allemagne, elle était surnommée affectueusement « Knutschkugel » (boule à câlins) en raison de sa forme arrondie et de son habitacle exigu. Lors des contrôles routiers, les policiers s’amusaient à voir les conducteurs sortir… en ouvrant toute la face avant ! Une autre histoire célèbre relate que pendant la construction du Mur de Berlin, un Berlinois de l’Est aurait réussi à faire passer sa famille dans une Isetta modifiée, cachant sa femme et ses enfants dans l’espace moteur pour fuir à l’Ouest ! Enfin, au Royaume-Uni, la version à trois roues de l’Isetta permit à ses propriétaires de bénéficier d’une immatriculation de moto, réduisant les taxes et l’assurance.
Plusieurs célébrités ont aussi succombé à son charme : Elvis Presley en possédait une en Allemagne pendant son service militaire, Steve Jobs utilisa une Isetta comme première voiture en Californie, l’animateur TV Jay Leno en possède une dans sa collection en Californie.
Production et héritage la BMW Isetta
BMW produira l’Isetta de 1955 à 1962, avec plusieurs évolutions (dont la version 300 cm³ plus puissante) :
161 728 exemplaires fabriqués sous licence BMW
Dont environ 8 500 vendus en France
Plus de 200 000 Isetta toutes licences confondues (BMW, Velam, Iso)
La BMW Isetta aura permis à BMW de retrouver sa santé financière et de préparer le lancement des berlines BMW 700 et Nouvelle Classe, amorçant l’ascension vers les segments premium.
Aujourd’hui, l’Isetta est une pièce de collection très prisée, notamment dans les salons spécialisés et les ventes aux enchères. Son prix varie entre 15 000 et 30 000 € selon l’état et la provenance, et son aura rétro et son unicité technique en font un incontournable des rassemblements.
En résumé, la BMW Isetta n’a pas seulement sauvé BMW : elle incarne une époque où l’innovation, la simplicité et l’optimisme guidaient l’automobile. Une microcar géante par son impact historique !






Une Isetta a un autre avantage. On est à peu près sûr d’arriver au terme de la restauration complète d’une Isetta , qu’au terme de la restauration complète d’un bus anglais à étage.
Je suis assez insensible à ce genre de « jouet ». J’aime les « voitures » dans lesquelles je peux m’installer et conduire. C’est déjà limite dans une 4cv ou une deuche, alors ce genre de pétrolette ne me fait absolument pas envie. Je préfère consacrer « 15 à 30.000 euros » dans une Fulvia ou une GT6 de 90-100cv que ce genre de pot de yaourt que je laisse aux musées et « collectionneurs » au sens 1er du terme. Les gouts et les couleurs !
Faites-un régime 😉 Ca ira mieux ! :))))
C’est constructif ça … Libre à vous de circuler à 80 km/h dans une microcar de 300 kg, entre SUV de 2 tonnes, camionnettes et camions. Mais ce n’est pas ma tasse de thé.
Acceptez la différence 😉