Si l’inconscient collectif identifie immédiatement James Bond à la marque Aston Martin, originellement 007 vouait une admiration sans limite à Bentley

Il faut se replonger dans l’histoire de 007 pour comprendre ce qu’il s’est passé. Les romans de Ian Fleming, le romancier ayant créé James Bond, ont été écrits entre 1953 et 1964, année de décès de Fleming. Fleming était né en 1908 et avait 45 ans quand il a écrit le premier opus. Il était ouvertement conservateur et très « vieille Angleterre ». La saga cinématographique de James Bond ne commence, elle, que 10 ans plus tard, en 1962.

Et dans les romans de Ian Fleming, l’espion 007 préférait les Bentley à compresseur, au point d’en avoir possédé trois dont la Continental Type R des années 1950 en tant que dernier modèle.

Bentley 4.5 Blower 007

Les différentes Bentley de James Bond

La première Bentley de James Bond était une Bentley Mark IV 4½ Litre cabriolet grise de 1930 apparue dans les premiers romans de Ian Fleming : « Casino Royale » – Bentley 4½ Litre avec un compresseur conçu par l’ingénieur Charles Amherst Villiers, « Live and let die » – Bentley 4½ Litre, « Moonraker » – Bentley 4½ Litre & Bentley Mark VI de 1943.

A partir du roman « Thunderball » (Opération Tonnerre) en 1961, James Bond est au volant d’un autre modèle du constructeur de Crewe : la Bentley Continental Drophead Coupé Type R de 1954

« Casino Royale » (1953)

Casino Royale est le premier roman mettant en scène l’espion britannique 007. Paru en 1953, James Bond est chargé de mettre en déroute Le Chiffre, un leader syndical communiste, dans le casino d’une ville imaginaire de la cote d’Opale, « Royale les Eaux ». Ian Fleming cite la Bentley de James Bond sous le nom Bentley Mark IV, un modèle qui n’a jamais existé dans la réalité et qui semble avoir été inventé par le romancier.

C’était le véhicule personnel de James Bond qui est mentionné dans ce roman, comme étant un dérivatif sur lequel Bond aime travailler. Seule arme à bord, un Colt 45 Army Special que Bond conserve dans sa boîte à gants.

Elle sera accidentée lors de la course poursuite après Le Chiffre qui, pour sa part, s’échappe en DS Citroen…

Moteur Bentley

« Live and let die – Vivre et laisser mourir » (1954)

Ce second roman de Fleming envoie James Bond aux USA puis à la Jamaïque. Mais Bond se rend au siège des services secrets britanniques pour y prendre ses ordres au volant de sa Bentley « qui répond à la première sollicitation ».

« Moonraker » (1955)

Moonraker est le troisième roman des James Bond. Dans Moonraker, Bond est chargé de surveiller Drax qui a offert aux anglais une fusée destinée à assurer l’indépendance du royaume de sa Gracieuse Majesté. Cette fois, la Bentley Mark IV est détruite dans le roman, lors d’une course poursuite avec la Mercedes 300S de Drax, écrasée par d’énormes rouleaux de papier d’imprimerie

Bond achète sa deuxième Bentley, une Mark VI de 1943, à la fin du roman Moonraker (1955), pour remplacer la 4½ Litre détruite. Comme sa précédente Bentley, la Mark VI est grise avec un intérieur en cuir bleu foncé.

Bentley Mk VI convertible de James Bond

« From Russia with love – Bons baisers de Russie » (1957)

Dans cet opus qui se déroule pour l’essentiel dans l’Orient Express, la Bentley de Bond n’est citée que lorsqu’il la prend pour se rendre au siège des Services secrets.
Mais il y a un clin d’oeil dans le film tourné en 1963 : dans cette unique apparition cinématographique, la Bentley de Bond est aperçue furtivement dans dans la première scène du film, lors d’un pique-nique avec la conquête du moment de 007. La Bentley est équipée d’un téléphone …

« Goldfinger » (1959) – L’exception

Dans ce roman, 007 doit découvrir ce que manigance l’infâme Auric Goldfinger. S’en suit une traque à travers la France et la Suisse. Et c’est une Aston Martin DB3 équipée d’un traceur pour suivre Goldfinger et sa Rolls Silver Shadow qui est confiée à James Bond. Une Aston Martin DB3 qui deviendra bizarrement une Jaguar dans les traductions françaises du roman …

Bentley, la voiture de James Bond

La légende dit que Ian Fleming aurait reçu une lettre d’un fan encourageant l’auteur à « avoir la décence d’offrir à son héros une machine décente », ce qui aurait provoqué ce changement…

« Thunderball – Opération Tonnerre » (1961)

Fleming était lui-même passionné d’automobile et fan des Bentley. Lors de l’écriture d’Opération Tonnerre (1961), après avoir découvert la Bentley Continental R chez le carrossier Chapron à Londres, il fait modifier par son héros une Bentley en une biplace décapotable, la drophead, par HJ Mulliner. Dans le livre, 007 a acheté la voiture dans un état d’épave, remplaçant le moteur de 4,5 litres par un 4,9 litres.

Bentley Continental R

La voiture réelle ayant inspirée Ian Fleming était à l’origine un fastback à carrosserie Mulliner transformé en coupé drophead en 1956. Mulliner avait été approché à l’époque pour effectuer cette conversion, mais comme les coûts avaient été jugés trop élevés par son propriétaire, le projet n’a jamais dépassé la phase de conception, et ce fut le carrossier français Henri Chapron qui réalisa les travaux à la place.

La voiture finale de Chapron ne correspondait pas exactement au travail de conception élégant réalisé par Mulliner, si bien que l’arrière de la voiture a été retouché par un propriétaire ultérieur en 2005 selon les spécifications originales de Mulliner, ce qui a abouti à cette superbe voiture.

« Au service secret de Sa Majesté » (1963)

Dans le roman, la Bentley Continental surnommée « la locomotive » réapparait avec un compresseur Arnott contrôlé par un embrayage magnétique. Il s’en sert dans une course avec la Comtesse Teresa « Tracy » di Vicenzo conduisant une Lancia Flaminia Zagatto au début du roman. C’est la dernière fois que la Bentley apparait dans les romans.

Dix ans plus tard, les Aston Martin pour les films

Quand les romans de Ian Fleming ont été transposés au cinéma, les modèles Bentley ont laissé la place à des Aston Martin grises. Dans le film Goldfinger (1964), l’ancienne Bentley « Mark IV » de James Bond est évoquée quand Q lui présente sa nouvelle Aston Martin DB5  modifiée  :

Bond : « Où est ma Bentley?
Q : Elle a fait son temps, j’en ai bien peur…
Bond : Elle ne m’a jamais lâché !
Q : C’est M qui l’ordonne, 007. On vous octroie cette Aston Martin DB5 modifiée. »

Il est probable que la production ai souhaité à l’époque donner à Bond une image plus « moderne » avec l’Aston Martin DB5 et moins « vieille Angleterre » qu’avec les Bentley … d’autant plus qu’une série à la mode de l’époque (Chapeau Melon & Bottes de cuir) voyait son héros masculin un peu désuet rouler lui aussi en Bentley Blower des années 30…