mardi, mai 21 2024

La DMC-12 est l’unique voiture construite par la DeLorean Motor Company. Et elle a eu un vrai destin de star, devenant une véritable icône pop, après avoir avoir été quasiment morte-née, la marque ayant disparu au bout de seulement deux années d’existence. Dès le premier jour, la DeLorean a été une voiture qui n’était pas dans son époque. Flashback

Au commencement …

Au départ, il y a le rêve d’un ingénieur, comme chez tant de fabricants automobiles aujourd’hui disparus. Après avoir vendu des assurances, John DeLorean atteri chez General Motors où il fait son trou en travaillant sur la Pontiac GTO puis la Camaro. Malgré ces succès, et les millions qu’il fait gagner à GM, il ne fait pas partie du sérail. DeLorean était un personnage bruyant et exubérant, menant une vie dissolue. Il n’était pas le directeur général recherché, malgré son travail impressionnant.
DeLorean quitte GM en 1973 et fonde la DeLorean Motor Company en 1975 qui devait être l’incarnation de sa vision automobile, en dehors du carcan des grands constructeurs.
Il chiffre son projet à 200 millions USD. Il en apporterait 80, il lui fallait en trouver 120 … Et il se sert de ses relations dans le show-business pour taper à la porte des banques. Malgré celà, c’est compliqué aux USA. Le projet est alors imaginé à Porto-Rico. Et à la dernière minute, c’est en Irlande qu’il trouve les financements publics nécessaire pour installer son usine dans une région ravagée par le chômage …

La DeLorean DMC 12

Le concept avait été pensée au milieu des années 70. Mais le temps de boucler le financement, de construire l’usine et de faire la mise au point, les premiers exemplaires ne sortent de l’usine qu’en 1981. Et le monde découvre la DeLorean. C’était impétueux, c’était audacieux et ça ne ressemblait à rien d’autre jamais vu. La ligne est absolument infernale pour l’époque, ses deux portes ouvertes lui donnent l’allure de « l’oiseau de proie », le vaisseau stellaire des Klingons, les méchants de la franchise Star Trek !

DeLorean

La carrosserie était en acier inoxydable brossé, les portes étaient papillon, le moteur était à l’arrière comme sur une 911 et il n’y avait que deux options : la boite manuelle ou automatique et intérieur gris ou noir. En première approche, tout était exceptionnel, exclusif et innovant

Si les portes papillon qui ne nécessitent que 28 cm d’espace latéral pour s’ouvrir totalement sont une réussite, que dire du « hublot » qui fait office de fenêtre ?
Le châssis est issu de la Lotus Esprit et mis au point en liaison avec Colin Chapman. C’est un des points de fort à porter au crédit de la DMC 12. La suspension est à quatre roues indépendantes, avec ressorts hélicoïdaux et amortisseurs hydrauliques. Le train-avant possède deux triangles superposés, le train arrière est du type « multibras ». La tenue de route de la voiture est considérée comme très bonne, malgré une répartition des masses de 35 % sur l’avant et 65 % sur l’arrière

Le Châssis de la DeLorean

Le choix de l’inox relève d’une démarche que l’on qualifierai d’écologique aujourd’hui : la voiture devait durer le plus longtemps possible. La ligne est signée Giugiaro. Mais la belle carrosserie en inox brut a un inconvénient : avec une carrosserie non peinte, le matériau doit être posé de manière parfaite et sans artifice. La peinture ne pourra pas cacher les ajustements et liaisons entre panneaux. Le reste est tout aussi ambitieux : climatisation, système audio, rétroviseurs électrique mais la main d’œuvre irlandaise peu qualifiée et sous-payée de l’usine va montrer ses limites et la qualité de fabrication est aux antipodes de l’idée même du projet.

Intérieur de la DMC-12

L’habitacle gris ou noir propose un cockpit conducteur bien triste et conventionnel par rapport aux ambitions de la ligne et du projet initial. John DeLorean doit contrôler le prix final de la voiture qui ne doit pas dépasser 25.000 USD qui correspondraient à 77.000 USD en 2022 (approx. 75.000 euros). Il faut rappeler que l’ambition de départ était de proposer la DMC 12 à 12.000 USD

DeLorean doit se fournir dans les banques d’organes des constructeurs et l’habitacle donne l’impression d’un assemblage de bric et de broc.

Mais la tragédie de la DMC 12 ne s’arrête pas là. Les constructeurs américains ferment la porte à leur transfuge et John DeLorean doit se rabattre sur le peu reluisant V6 PRV (Peugeot/Renault/Volvo) qui équipe les 505 et les R30 françaises, officiellement parce qu’il rejette moins de polluants que la production locale. Malgré une cylindrée de 2.8 l, il ne délivre que 130 cv. La boîte de vitesses provenaient de la Renault 30. Les performances sont bien faibles pour l’époque avec un 0-100 km/h abattu en 8,8 sec (boite manuelle) et une vitesse maximum de 176 km/h

L'arrière de la DeLorean

Sans réseau de distribution, avec son intérieur triste, une mécanique indigente et un tarif de 25.000 USD, la belle ligne de Giugiaro ne pouvait pas grand-chose.
Ajoutez à celà une qualité de fabrication déplorable pendant la première années de production au point que les premiers modèles destinés aux États-Unis doivent être partiellement démontés puis réassemblés dans des Quality Assurance Centers ! D’innombrables retours en garantie (étanchéité des portes, brunissement de l’inox, problèmes électriques) plombent les comptes. Le carnet de commandes est quasiment vide alors que l’équilibre ne pouvait être atteint qu’à partir de 16.000 ventes annuelles.
Vous ajoutez à l’équation un scandale survenu en 1982 où John DeLorean est accusé de trafic de stupéfiants, et vous obtenez un échec commercial et industriel total qui conduit à la faillite de la DeLorean Motor Company le 26 octobre 1982.

Sulfureux John DeLorean

En 1982, John DeLorean cherche de l’argent par tous les moyens. Il fait entrer la DeLorean Motors Company en bourse et ouvre le capital. La vente d’actions génère 120 millions de dollars qui s’évaporent très vite. Les mauvaises langues diront que John DeLorean les a mis dans sa poche. En tous cas, tous ces millions n’arrivent pas à l’usine…

John DeLorean, désespéré, cherche à sauver son entreprise en difficulté, et se retrouve pris dans une opération d’infiltration du FBI dont les contours restent encore obscurs. Bref, John DeLorean est accusé de trafic de stupéfiants. En réalité, c’est bien plus complexe que celà.
Il a été poursuivi pour avoir projeté de faire passer 24 Millions de dollars de cocaïne aux États-Unis. Cependant, l’avocat de DeLorean a démontré qu’il avait été contraint à l’accord car les agents infiltrés du FBI qui s’étaient fait passer pour de véritables investisseurs, ne lui ont révélé que « l’investissement » concernait de la drogue que bien après le début des discussions. DeLorean a été acquitté de toutes les accusations et avec son cas, le terme et le précédent juridique de « provocation policière » a été créé dans le droit américain. Bien qu’il ait été acquitté, la réputation de DeLorean, déjà sulfureuse, a été notablement ternie.

Back to the Future

En 1985, la DMC 12 a sombré dans l’oubli collectif, et la vue d’une DeLorean ne provoque au mieux qu’un regard interrogateur.
Mais le réalisateur Robert Zemeckis a un projet de film où les protagonistes voyagent dans le temps. Il lui fallait une machine qui soit un personnage à part entière et selon les une des réplques culte du film, « une voiture qui ait de la gueule ! »

DeLorean Retour vers le futur

Et la DeLorean est choisie. Sa ligne, ses portes papillon et sa carrosserie inox « non-magnétique » nourrie des idées futuristes de John DeLorean lui donnent un coté « techno » qui collent parfaitement au sujet du film et au voyage dans le temps. La trilogie nécessita 7 voitures, dont une sera détruite par le train à la fin du troisième film et une autre découpée pour permettre les placements de caméra pour les plans intérieurs. Pour rendre le bruit roturier du V6 PRV un peu plus viril, la post-production a utilisé au montage de la sonorité rauque d’une Porsche 928 V8 !

Retour vers le Futur est devenu une véritable légende cinématographique des années 80, et il ne se passe pas une année sans que l’on ne revoie la célèbre trilogie à laquelle la DeLorean doit d’être entrée dans l’inconscient de toute une génération.

Icone branchée devenue intemporelle

Symbole d’un monumental échec industriel, la DeLorean DMC-12 est devenue grâce à « Retour vers le Futur » une icône branchée, sorte de Dalida automobile, qui 35 ans plus tard fait rêver mieux que toute autre les amateurs de voiture et de science-fiction. On ne compte plus aujourd’hui plus les répliques de la « Time Machine » de Doc Brown, si bien que des entreprises avisées ont entrepris de reprendre la construction de la DMC 12 ! Ou au moins leur restauration/reconstruction…

Les stocks de pièces de l’usine, les pièces fabriquées par les sous-traitants de l’époque mais non livrées, sont rachetées par une société du nom de Kapac qui les vend au détail par correspondance. En 1997, Kapac renvend le stock de pièces restantes, une partie de l’outillage d’époque, ainsi que les droits sur les noms et logos à une nouvelle société du nom de « DeLorean Motor Company of Texas » qui veut faire perdurer la légende en distribuant les pièces détachées nécessaires à l’entretien et la conservation des DMC 12 rescapée. Et ils envisagent même d’en fabriquer de nouvelles en cas de pénurie. 99 % des pièces de la DeLorean sont ainsi disponibles pour les passionnés, garantissant une longue vie aux DeLorean toujours sur les routes

En 1995, l’entrepreneur anglais Stephen Wynne fonde à son tour une société homonyme, après avoir acquis la marque déposée DMC, et reprend les pièces restantes appartenant à la société d’origine. L’entreprise, elle aussi basée au Texas, assemble de nouveaux exemplaires, assure le remplacement de pièces détachées originales et la création de pièces sur mesure.

Stock DeLorean Motor Company

En 2007, on estime que 6.500 véhicules sont toujours en état de marche. Mi-2007, DMC annonce la remise en production pour 2008 de la DMC-12, en quantité limitée, à partir de 80 % de pièces d’origine et 20 % de pièces nouvelles, ce qui explique que l’on trouve sur le marché environ 300 DMC 12 fabriquées après la faillite. Fin 2016, la DeLorean Motor Company a annoncé son intention de relancer à nouveau une production d’environ 300 DMC-12 neuves, dotée d’une mécanique moins laborieuse et avec des pièces des stocks restants, sur la base d’une évolution de la réglementation américaine permettant aux petits constructeurs automobiles américains de produire jusqu’à 325 répliques de véhicules par an, sans avoir besoin de se conformer aux dernières réglementations en matière de sécurité. Le projet a été jusqu’à l’ouverture des précommandes mais n’a pas abouti. Il faut dire que le prix annoncé était de 100.000 USD, le tarif d’une Porsche 911.

Aujourd’hui, en 2022, la DeLorean Motor Company, annonce à nouveau la renaissance de la DMC-12, en lui ajoutant le tag EVolved, indiquant implicitement qu’elle sera électrique. Elle devrait être révélée au public en Aout 2022, à Peeble Beach

A retenir

La DeLorean a eu 30 ans en 2011 et la carte grise collection lui a ouvert les portes de l’importation sans la lourde et onereuse procédure d’homologation chère à nos ronds-de-cuir. Leur nombre s’est donc largement développé dans nos contrées. L’inox brut de la carrosserie interdit pratiquement toute réparation en cas de rayure, le panneau concerné devant être remplacé. Coup de chance, tout est disponible chez DMC au Texas ! L’inox brut a également tendance a brunir sous l’effet des ultra-violets, nécessitant un traitement périodique. C’est la rançon pour n’avoir aucun problème de rouille !
La mécanique (moteur et boite) est d’origine Renault, donc aucun souci majeur d’approvisionnement.

L’intérieur, de piètre qualité, ne vieillit pas comme celui d’une Mercedes ou d’un Porsche, malheureusement. Là encore, les stocks et refabrications DMC pourront vous aider, mais attention au coût du transport et aux taxes d’importation qui vont saler la facture. La DMC-12 reste une voiture facile à vivre, tant que vous ne lui demandez pas d’en découdre avec des sportives de sa génération… Le seul bémol, c’est peut être d’être souvent réduite à être « la voiture de Retour vers le futur » dès qu’elle se montre. Pourtant, son histoire, sa ligne, sa carrosserie révolutionnaire devraient lui permettre d’exister pour ce qu’elle est vraiment !

Une belle DeLorean d'occasion

Les tarifs

Son statut de star fait que le ticket d’entrée pour un modèle roulant mais fatigué sera autour de 25000 euros. Mais pour un modèle en bon état, il faudra plutôt mettre 40.000 euros. Et pour un modèle restauré « à neuf » par DMC, il faudra compter 100.000 euros. C’est le prix d’une icône …
Au regard de la spécificité du modèle, de sa rareté, nous ne prendrons pas le risque d’acquérir un modèle « à restaurer ». Pas de réplique kitsch de la « Time Machine » de Retour vers le futur, mais une belle DMC-12 d’origine en bel état et à l’intérieur restauré, comme cet exemplaire Suisse proposé à 65.000 euros

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1 comment

  1. Très bel article avec des photos magnifiques. Initialement á la recherche d’un bon plan pour chariot de manutention et tomber sur un tel site avec un article aussi captivant est tout simplement fantastique.

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